
Peupler l’ordinaire vingt ans de projets exposés
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Poun Naou, “pont neuf” en gascon, est un récit ethno-poétique issu d’une collecte sensible menée par les auteur·es Alexandra Pouzet et Bruno Almosnino, qui ont tissé durant deux années des relations avec une trentaine d’habitant·es d’Arras-en-Lavedan, dans les Hautes-Pyrénées. Ils se sont entretenus avec ces personnes, sur leur village, leur histoire, leur rapport à l’art, leurs façons de faire et de voir, leurs goûts. Ils leur ont emprunté des objets, ont enregistré des discussions, des chants, évoqué leurs rêves, les liens invisibles, la montagne, les bêtes, la langue, essayant de repérer des traditions, des métissages, des cultures.
Quartier rouge accueille en 2025 une lecture-performance du livre issu de ce travail de collecte sensible, paru aux éditions Arts Pauvres.
Alexandra Pouzet et Bruno Almosnino forment un duo singulier qui rapproche et explore photographies, textes, anthropologie, installation, poésie et performance.
Fondée en octobre 2021 par un petit groupe de personnes, l'association Arts Pauvres œuvre à documenter, traduire, accompagner des démarches et des expériences esthétiques, existentielles et modestes dans leur mode de production. Une des volontés d'Arts Pauvres est de donner à voir, à lire, à entendre, des humanités peu visibles, peu bruyantes, dont la diversité des arts de faire et de vivre participe aux horizons anthropologiques contemporains.
Au cœur du livre prend place un récit ethnopoétique où l’on suit le narrateur dans les relations qu’il tisse progressivement avec le village, ses coutumes, ses événements, ses divisions, une micro-toponymie, des traditions, des ruptures culturelles. Le narrateur, né au pied de cette montagne, et dont le milieu d’origine n’a rien à voir avec le monde paysan, se trouve pris dans des situations burlesques où conflits de légitimité, question d’appartenance et distanciations critiques créent une langue des interstices.En dernière partie, par un geste muséographique, les portraits photographiques, réalisés en studio, ne figurent pas les personnes : ils les représentent par un assemblage de plusieurs de leurs objets détournés de leurs fonctions usuelles, installés sur des fonds peints, selon des esthétiques empruntées à des courants artistiques ou aux codes de l'expographie. Ces ensembles deviennent des tableaux où items vernaculaires, artefacts divers, documents, détournements, réappropriations, citations, reproductions photographiques, dialoguent. Les prises de vue rejouent les conventions de la muséologie et du catalogue monographique. Les textes qui accompagnent les portraits se présentent en deux parties. Un paragraphe décrit les objets, matériaux et dimensions, un deuxième paragraphe livre une courte notice biographique de la personne à qui appartiennent ces objets, l’ensemble actant un renouvellement poétique et littéraire du cartel.
Ces choix de traitements ont découlé de la rencontre des auteur.es avec les objets d’arts et traditions populaires pyrénéens. Leur dimension artistique, leur force, leur beauté, ont initié une réflexion sur leur absence de l’histoire de l’art moderne malgré leurs fortes relations avec les arts dits premiers – les arts des sociétés traditionnelles –, et malgré le travail plus récent d’institutions sur la réhabilitation de l’artisanat comme part entière de l’art, ou sur la décolonisation des esprits quant aux classements ou à la déclassification de certaines populations et de leurs productions. Avec Poun Naou, les auteurs rendent hommage à la vie rurale, aux goûts et aux arts de faire ordinaires et ouvrent un cycle sur ce qu’ils appellent les « arts paysans ».

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